La Presse
Nouvelles générales, dimanche 25 juin 2000, p. A10
Un patriarche oriental dénonce l'embargo contre l'Irak


Brouillet, Sophie

Les droits de l'homme exigent que soit levé l'embargo occidental contre l'Irak, a déclaré jeudi à Laval le patriarche des catholiques syriaques du monde, Ignace Moussa Daoud, dans le cadre d'une tournée d'une semaine au Québec.

Dans l'Église catholique orientale, le patriarche Daoud est l'évêque établi sur la diaspora syriaque, issue de communautés partageant la langue syriaque, dérivée de l'araméen. Il est ainsi responsable de plus de 100 000 fidèles situés notamment en Syrie, au Liban, en Égypte, en Turquie et en Jordanie. En Irak, a-t-il précisé, il existe des villes à forte majorité syriaque, dont les populations souffrent des sanctions occidentales issues de la guerre du Golfe. "Nous demandons qu'on lève l'embargo", a-t-il répété, invoquant l'humanité, la justice et les droits de l'homme.

Au Québec et à Ottawa, entre 8000 et 10 000 personnes sont catholiques syriaques, selon Mgr Pierre Melki, du Centre communautaire syriaque, à Laval. La plupart sont arrivées en fuyant les deux guerres mondiales et la guerre du Liban. La communauté a officiellement sa propre paroisse montréalaise depuis 1978, et son centre communautaire depuis 1992.

À ses fidèles québécois et à ceux d'Ottawa, le patriarche Daoud a voulu transmettre un message de fidélité d'une part, d'intégration d'autre part. "Je les appelle à rester rattachés à leur Église d'origine, à ses structures et à ses traditions, et à s'intégrer au pays pour y travailler au mieux-être de ses citoyens", a-t-il rapporté, dans un français remarquable.

Le plus grand défi pour l'Église syriaque est de maintenir son unité malgré la dispersion considérable des fidèles, dit-il, mentionnant qu'"il faut les suivre partout". Selon le droit catholique syriaque, le patriarche doit visiter au moins tous les 10 ans chacune de ses missions (paroisses) établies dans le monde. En poste depuis 1998 seulement, Ignace Moussa Daoud en est à sa première visite au Canada.

Partie intégrante de l'Église catholique, l'Église syriaque a toutefois son droit propre. Son patriarche n'est pas nommé par le pape, mais élu par des évêques orientaux. Elle permet aux hommes mariés d'accéder à la prêtrise, quoiqu'il soit demandé aux prêtres établis en Occident de se plier à l'usage en vigueur dans leur pays hôte.

Jeudi, au terme de son séjour à Montréal et à Laval, le patriarche a visité le centre communautaire de l'Église syriaque orthodoxe, établie à Saint-Laurent, et y a rencontré l'archevêque syriaque orthodoxe du Canada, Mgr Timotheos Aphrem Aboodi. Les deux Églises sont distinctes depuis le XVIIe siècle, quand une partie des fidèles syriaques a reconnu l'autorité du pape.

Ignace Moussa Daoud se rendra bientôt aux États-Unis, où l'Église syriaque compte une dizaine de missions. Son périple nord-américain culminera avec la convention des syriaques d'Amérique, qui se tiendra en Floride à la fin juillet.


Illustration(s) :

Lemée, Rémi
M. Ignace Moussa Daoud, l'évêque de la diaspora syriaque.