La Presse
Actualités, lundi 22 avril 2002, p. A8
Un Québécois nommé évêque à Jérusalem

Perreault, Mathieu

À compter du 25 mai, les catholiques de rite syriaque auront un accès direct à Jérusalem. Le prêtre responsable de Montréal, Pierre Melki, a été élu l'automne dernier évêque de cette ville sainte aux trois monothéismes.

Il sera installé le 18 mai à Beyrouth, un poste prestigieux, dont le titulaire est l'un des plus proches conseillers du patriarche Ignace Moussa Daoud, chef de l'Église syriaque.

"Jérusalem est le pôle d'attraction du monde entier, explique le père Melki dans son bureau du centre communautaire syriaque, près du Cosmodôme, à Laval. On peut vivre une expérience chrétienne de premier ordre."

Jérusalem n'est pas un diocèse autonome, mais plutôt patriarcal, sous l'autorité directe de Mgr Daoud. Le père Melki sera vicaire patriarcal, tout comme l'évêque syriaque d'Istanbul. Outre la supervision des prêtres de Jérusalem, de Jordanie et d'Amman, le père Melki devra faire le lien avec les autres rites catholiques, notamment le patriarche latin (catholique), Michel Sabbah.

Le siège de l'église de la Nativité à Bethléem relance à l'heure actuelle les tensions religieuses en Terre sainte. "Le pape veut pour Jérusalem un statut international, commente le prélat de 62 ans. À court terme, ce n'est pas toujours facile. Israël a toujours rejeté l'idée. Mais à moyen terme, je présume que c'est possible. Le verrai-je de mon vivant? Je ne peux pas le dire."

Ces tensions surviennent au lendemain des demandes de pardon de Jean-Paul II aux juifs et aux musulmans, à l'occasion du jubilé de l'an 2000. Ces demandes ont été mal vues par certains milieux catholiques, notamment par certaines églises orientales. Est-ce le cas du rite syriaque? "On est mal à l'aise quand on regarde l'environnement de ces églises-là, indique prudemment le père Melki. Mais les évêques n'ont pas à faire de politique. Une demande de pardon n'est jamais inappropriée. Le pape a été courageux."

Le père Melki est arrivé au Québec à 26 ans du Liban, où la guerre commençait. "Je suis né en Syrie, mais je suis Libanais. Mon départ était indirectement lié à la guerre, à cause de problèmes de santé. Quand je suis arrivé, il n'y avait pas de communauté proprement dite à Montréal. Les fidèles allaient dans des églises catholiques. Maintenant, nous sommes plus de 1000 familles." Il parle italien, français, arabe, anglais, syriaque, latin... "et un tout petit peu d'allemand".

Le président de l'association communautaire syriaque, George Chahine, a tenu à assister à l'entrevue pour témoigner de son appréciation du père Melki, qui a notamment supervisé la construction du centre communautaire, entre 1989 et 1992. Son remplaçant n'est pas encore nommé, mais l'évêque syriaque des États-Unis et du Canada, Ephrem Joseph Younan, qui demeure à Union City, au New Jersey, viendra à Montréal de temps à autre.

L'histoire de l'Église syriaque remonte au premier siècle. Elle est née à Antioche, et s'est séparée de l'Église de Rome après le concile de Chalcédoine, en 451, à cause d'un conflit sur "la définition de l'identité du Christ": avait-il une seule nature divine, ou aussi une nature humaine? "Sont entrées en jeu des considérations politiques, nationalistes et culturelles", explique le père Melki. Au XVIe siècle, il y a eu réunification avec Rome."

Certaines pratiques du rite syriaque ressemblent étrangement à certaines des propositions envisagées pour l'Église catholique. Le patriarche, qui est "l'équivalent du pape" pour les syriaques, selon le père Melki, est "aidé par un conseil", le synode des évêques. Le synode réunit une quinzaine d'évêques, même ceux qui sont à la retraite, une fois par an. Les évêques sont notamment élus par le synode. Serait-ce une manière de "démocratiser" l'Église catholique? "J'ai toujours considéré que les églises orientales offraient des exemples pour l'Église latine", indique avec une certaine satisfaction le père Melki.


Illustration(s) :

McCann, Pierre
Le père Pierre Melki, prêtre catholique de rite syriaque, a été élu évêque de Jérusalem.